« Selon le don de l’Esprit » : parole, communion, mission

Le premier effet de l’Esprit dans le récit de la Pentecôte dans les Actes des Apôtres est de libérer la parole : chacun s’exprime selon le don de l’Esprit. C’est un « unique Esprit » dit Paul aux Corinthiens, un unique Esprit qui se partage en langues « qu’on aurait dites de feu ». Un unique Esprit, une langue unique qui permet à chacun de dire les merveilles de Dieu, de parler dans sa propre langue et d’être compris de tous. Cette langue de l’Esprit c’est la langue de l’amour, de la charité, qui établit la communion entre des personnes bien différentes. La manière dont nous nous parlons et dont nous parlons les uns des autres, en famille ou entre amis, au séminaire ou dans notre paroisse, révèle la présence de l’unique Esprit dans un corps aux membres si variés.

L’Esprit nous est donné pour parler, pour dire que Jésus est Seigneur, pour apprendre à parler l’Evangile comme notre langue maternelle. Cette mission d’annonce et de témoignage est une mission de pardon et de paix, reçue du Christ qui remet l’Esprit dans sa mort sur la croix et souffle sur ses apôtres au cénacle le soir de Pâques en leur donnant son Esprit pour les envoyer. Nos corps habités par cet Esprit, nos vies saisies par la force et la douceur de l’Esprit deviennent une parole de Dieu. Par nos gestes et nos actions, nos mots et nos silences, nous sommes une parole de pardon et de paix que Dieu prononce pour nos frères.

Durant plus de dix semaines nous n’avons pas pu nous rassembler pour célébrer la messe. Pourtant ce carême au désert et ce temps pascal au cénacle ne nous ont pas empêchés de vivre en communion et d’être missionnaire. Que le don de l’Esprit en ce jour de la Pentecôte nous affermisse et nous fortifie dans notre vocation, par la parole, à servir la communion, à être une mission pour nos frères.

Père Jean-Baptiste Arnaud, curé

Lettre à Diognète (IIè siècle) : les chrétiens dans le monde (2/2)

En un mot, ce que l’âme est dans le corps, les chrétiens le sont dans le monde. L’âme est répandue dans tous les membres du corps comme les chrétiens dans les cités du monde. L’âme habite dans le corps, et pourtant elle n’appartient pas au corps, comme les chrétiens habitent dans le monde, mais n’appartiennent pas au monde. L’âme invisible est retenue prisonnière dans le corps visible ; ainsi les chrétiens : on les voit vivre dans le monde, mais le culte qu’ils rendent à Dieu demeure invisible. La chair déteste l’âme et lui fait la guerre, sans que celle-ci lui ait fait de tort, mais parce qu’elle l’empêche de jouir des plaisirs ; de même le monde déteste les chrétiens, sans que ceux-ci lui aient fait de tort, mais parce qu’ils s’opposent à ses plaisirs.
L’âme aime cette chair qui la déteste, ainsi que ses membres, comme les chrétiens aiment ceux qui les détestent. L’âme est enfermée dans le corps, mais c’est elle qui maintient le corps ; et les chrétiens sont comme détenus dans la prison du monde, mais c’est eux qui maintiennent le monde. L’âme immortelle campe dans une tente mortelle : ainsi les chrétiens campent-ils dans le monde corruptible, en attendant l’incorruptibilité du ciel. L’âme devient meilleure en se mortifiant par la faim et la soif ; et les chrétiens, persécutés, se multiplient de jour en jour. Le poste que Dieu leur a fixé est si beau qu’il ne leur est pas permis de le déserter.

Lettre à Diognète (IIè siècle) :

les chrétiens dans le monde 

Les chrétiens ne se distinguent des autres hommes ni par le pays, ni par le langage, ni par les coutumes. Car ils n’habitent pas de villes qui leur soient propres ; ils n’emploient pas quelque dialecte extraordinaire, leur genre de vie n’a rien de singulier. Leur doctrine n’a pas été découverte par l’imagination ou par les rêveries d’esprits inquiets ; ils ne se font pas, comme tant d’autres, les champions d’une doctrine d’origine humaine.

Ils habitent les cités grecques et les cités barbares suivant le destin de chacun ; ils se conforment aux usages locaux pour les vêtements, la nourriture et le reste de l’existence, tout en manifestant les lois extraordinaires et vraiment paradoxales de leur manière de vivre. Ils résident chacun dans sa propre patrie, mais comme des étrangers domiciliés. Ils s’acquittent de tous leurs devoirs de citoyens, et supportent toutes les charges comme des étrangers. Toute terre étrangère leur est une patrie, et toute patrie leur est une terre étrangère. Ils se marient comme tout le monde, ils ont des enfants, mais ils n’abandonnent pas leurs nouveau-nés. Ils prennent place à une table commune, mais qui n’est pas une table ordinaire.

Ils sont dans la chair, mais ils ne vivent pas selon la chair. Ils passent leur vie sur la terre, mais ils sont citoyens du ciel. Ils obéissent aux lois établies, et leur manière de vivre est plus parfaite que les lois. Ils aiment tout le monde, et tout le monde les persécute. On ne les connaît pas, mais on les condamne ; on les tue et c’est ainsi qu’ils trouvent la vie. Ils sont pauvres et font beaucoup de riches. Ils manquent de tout et ils ont tout en abondance. On les méprise et, dans ce mépris, ils trouvent leur gloire. On les calomnie, et ils y trouvent leur justification. On les insulte, et ils bénissent. On les outrage, et ils honorent. Alors qu’ils font le bien, on les punit comme des malfaiteurs. Tandis qu’on les châtie, ils se réjouissent comme s’ils naissaient à la vie… (à suivre)

Pierres vivantes, maison spirituelle

« Vous aussi, soyez des pierres vivantes qui servent à construire la maison spirituelle, et vous serez le sacerdoce saint pour présenter des offrandes spirituelles agréables à Dieu par Jésus Christ. » (1 P 2, 5).

Cette phrase ne semblerait-elle pas bien éloignée de l’optique de ceux pour qui « être catholiques c’était assister à la messe dominicale et adhérer aux règles de bienséance ». Dans ce cas, le fait de manquer la messe pendant le confinement rendrait difficile l’entretien de la foi … la petite flamme risquerait de s’éteindre peu à peu. Or, il faut l’admettre le confinement nous oblige tous à voir plus loin et l’exhortation de Saint Pierre prend alors toute sa signification.

Par le baptême, nous sommes donnés au Christ et notre vie doit être tournée vers Dieu. Notre tâche communautaire consiste à être des pierres vivantes qui servent à bâtir un monde de paix et d’amour. C’est comme cela que le Père aime nous voir gambader. Ce n’est pas par des efforts héroïques que nous pourrons rendre l’offrande de nos vies agréable à notre Dieu. C’est tout le contraire. Il faut tout simplement que nous fleurissions là où nous sommes plantés. C’est comme cela que nous plaisons au Père. 

Notre sacerdoce grandit dans deux directions : l’intériorité de notre cœur et l’extériorité de nos actes. 

Si nos rapports avec les autres demeurent purement formels, l’offrande de nos vies restera stérile sans conviction et sans intérêt.

Si nous ne donnons pas de temps pour être avec le Seigneur dans l’intimité de notre cœur, nous ne pouvons pas prétendre que nous nous intéressons à Lui. L’offrande de notre vie reste sans conviction et sans intérêt. 

Prions Thérèse de Lisieux, elle était si petite et pourtant si grande. !

Robert Mc Keon, diacre

Journée mondiale pour les vocations

Chaque année le 4ème dimanche de Pâques qui est le dimanche du Bon Pasteur, l’Eglise universelle est invitée à prier tout particulièrement pour les vocations. Le mot « vocation » vient du latin « vocare » qui veut dire « appeler ». La vocation est un appel qui vient de Dieu et qui nous concerne tous. Nous sommes tous appelés par Dieu à une vocation commune qui est l’appel à la sainteté. Par-delà cet appel commun à la sainteté résonne dans le cœur de tout homme, de toute femme, un appel particulier qui concerne sa propre vie, un chemin qui lui est propre, un projet de Dieu sur lui, et c’est cela qu’on appelle la vocation.

 

Dans son message pour cette journée, le pape François demande : « Je désire que l’Eglise parcoure ce chemin au service des vocations, en ouvrant des brèches dans le cœur de chaque fidèle, pour que chacun puisse découvrir avec gratitude l’appel que Dieu lui adresse, trouver le courage de dire « oui », vaincre la fatigue dans la foi au Christ et, enfin, offrir sa vie comme un cantique de louange pour Dieu, pour les frères et pour le monde entier ». Partant de l’épisode évangélique de la tempête apaisée en Mt 14, 22-33, le pape insiste sur quatre paroles clés : souffrance, gratitude, courage et louange. Ces mots, explique François, « peuvent être reprises et adressées à tout le Peuple de Dieu, sur le fond d’un passage évangélique qui nous raconte la singulière expérience survenue à Jésus et Pierre, durant une nuit de tempête sur le lac de Tibériade ». Pour le pape, en effet, cet épisode du lac « évoque, en quelque sorte, le voyage de notre existence »« Passer sur l’autre rive » évoque la décision de la vocation. Cela demande du courage pour abandonner ses sécurités et se mettre à la suite du Seigneur. Dans cette aventure il y a bien des obstacles : la nuit, le vent, les vagues, la peur, etc., mais le Seigneur est toujours avec nous, prêt à nous aider.  Nous sommes appelés à quitter le rivage pour « embrasser un état de vie – comme le mariage, le sacerdoce ordonné, la vie consacrée », et le Christ « nous donne l’élan nécessaire pour vivre notre vocation avec joie et enthousiasme ».

 

S’il y a une chose que tout le monde peut faire, c’est justement de prier pour les vocations. Le Seigneur nous y invite : « Priez donc le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers à sa moisson » (Mt 9, 38). C’est de notre devoir de prier pour que les jeunes puissent entendre l’appel que le Seigneur nous lance. Prier pour les parents qu’ils acceptent sans peine si, un de leurs enfants un jour, soit appelé par Dieu pour devenir prêtre, religieuse ou moine. Pourquoi ne pas prendre 20 minutes en famille pour prier spécialement pour les vocations sacerdotales et religieuses !

P. Ovidiu ROBU

Devenir des « voyageurs ressuscités »

L’Évangile du troisième dimanche de Pâques nous dit qu’il y a deux disciples qui, après la mort de Jésus sur la croix, avaient décidé de s’éloigner de Jérusalem pour aller vers Emmaüs. Ils étaient sans doute de bons disciples qui avaient jusqu’à présent suivi fidèlement Jésus, et qui avaient même peut être prêché en son nom. Mais après la mort de leur Maître, ils sentent que tout est fini. Ils préfèrent s’en aller ailleurs et s’éloigner du groupe des autres disciples et des apôtres. Ils étaient des errants, ils ne savaient pas où ils finiraient.
Mais Jésus, le voyageur divin est venu à leur rencontre. Il va se révéler à eux, pédagogiquement, à travers l’explication des Écritures et la fraction du pain, signe qui leur fera finalement ouvrir les yeux. Et comme les femmes qui virent Jésus au tombeau, ces deux disciples sont remplis de joie et retournent immédiatement à Jérusalem pour témoigner leur foi et leur espérance en Jésus ressuscité.

Ce Jésus est le Voyageur ressuscité qui marche toujours avec nous, comme le dit le pape François lors d’une messe d’action de grâce pour la canonisation de Jean-Paul II, le 4 mai 2014, en l’église polonaise Saint-Stanislas à Rome. Le Saint Père nous invite donc à devenir des voyageurs ressuscités pour marcher avec ceux qui sont dans les épreuves : « Aujourd’hui Jésus est ici, il est parmi nous. Il est ici dans sa Parole, ici sur l’autel, il marche avec nous, il est le Voyageur ressuscité. Nous aussi nous pouvons devenir des voyageurs ressuscités, si sa Parole réchauffe notre cœur, et si son Eucharistie nous ouvre les yeux à la foi et nous nourrit d’espérance et de charité. Nous aussi nous pouvons marcher aux côtés de nos frères et sœurs qui sont tristes et désespérés, réchauffer leur cœur avec l’Évangile et rompre avec eux le pain de la fraternité ».
Que sainte Geneviève et saint Jean-Paul II nous aident à être des « voyageurs ressuscités ».

P. Joseph Van Nam NGUYEN

Au Cénacle

Depuis huit jours nous sommes entrés dans le Temps pascal, 40 jours jusqu’à l’Ascension, 50 jours jusqu’à la Pentecôte et toujours cette pandémie, ce confinement… Après la quarantaine du Carême au désert, notre chemin de conversion pour recevoir à nouveau l’Esprit Saint nous conduit à demeurer au Cénacle, avec la Vierge Marie et les Apôtres, jusqu’à ce que nous soyons revêtus de la force d’en-haut, comme Jésus lui-même nous l’a promis. Par la prière, la charité fraternelle, l’écoute de la Parole de Dieu et la communion de désir, nous vivons comme les premiers chrétiens d’un même cœur en ces temps de tempête.

Dans ce cénacle le soir de Pâques, comme huit jours plus tard, la peur verrouille les portes et les cœurs. Seule la venue du Christ Ressuscité qui donne la paix, le pardon des péchés, la mission et l’Esprit Saint, parvient à ressusciter les disciples, à réveiller leur mémoire, leur foi, leur joie. Comme Thomas, nous n’avons pas pu participer aux évènements du jour de Pâques. Comme les Apôtres nous avons aussi renié le Christ, nous l’avons abandonné et trahi par notre péché. En nous montrant ses mains et son côté il nous révèle la profondeur de notre péché et l’abîme oh combien plus grand de sa miséricorde. Là où le péché abonde, la grâce surabonde… Et il suscite cet acte de foi magnifique : « Mon Seigneur et mon Dieu ». Saint Thomas n’est pas le patron de ceux qui doutent, il se fait secouer par Jésus – « Cesse de ne pas croire » – dont il reçoit la foi. Il a vu et il a cru, pour que nous puissions croire sans voir, en restant dans nos maisons, nos appartements, nos familles ou notre solitude. Nous apprenons à voir l’invisible et à redire : « Jésus, j’ai confiance en toi ».

Réjouissons-nous que ce deuxième dimanche de Pâques soit consacré à la Miséricorde divine comme l’a voulu le saint pape Jean-Paul II. Pour nous y préparer et le vivre chez nous en communion :

–  continuons d’envoyer par mail à la paroisse des photos, des vidéos, des dessins qui expriment notre joie de la résurrection (Alléluia, Christ est Ressuscité…) nous nous chargerons de les compiler et de vous les partager
–  retrouvons-nous samedi soir de 19h à 20h pour une heure sainte de la miséricorde sur notre chaîne YouTube. Au programme : prière du chapelet de la miséricorde, adoration du Saint-Sacrement, chants, louanges, intercession, écoute de la Parole de Dieu, témoignage, et confession de désir, demande de pardon, confession de désir (voir à ce propos l’article du père Vincent Guibert dans Paris Notre-Dame et la démarche proposée par le pape François)
Et pendant le temps pascal, dans les semaines qui viennent :

–  veillons à soigner nos liturgies familiales (pas seulement devant des écrans…), par des gestes concrets, des demandes de pardon, des fleurs, des bougies, des paroles humaines et la Parole de Dieu, le chant, la musique, les instruments, les icônes, les dessins, les tableaux, les chocolats, etc. : laissons la joie de Pâques grandir en nous et dans notre Cénacle
–  l’église reste ouverte pour que nous puissions venir y prier, déposer une intention, allumer un cierge, nous confier à Sainte-Geneviève en ce 1600ème anniversaire de sa naissance et à Saint-Louis dont nous fêterons bientôt le Jubilé pour les 750 ans de sa mort.
Bon temps pascal, le Christ est ressuscité, il est vraiment ressuscité !

Père Jean-Baptiste Arnaud, curé

La joie de Pâques

« Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous » (Luc 24, 32) disaient les deux disciples d’Emmaüs après avoir reconnu Jésus ressuscité. Ils étaient remplis de joie d’avoir découvert que Jésus avait vaincu la mort et qu’il allait vivre avec eux. Sans doute dans leur émoi, ils se souvenaient de ce qui avait été dit par Jésus : « quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux. » (Mt 18, 20) Jésus avait promis, il allait demeurer avec eux … avec nous dans l’Église … dans nos familles … dans nos assemblés … Mais face au petit Covid-19, qui nous nargue, qui nous menace et qui nous emporte parfois, ne trouvez-vous pas difficile de parler de joie ?
A l’Age de 36 ans j’ai découvert ce qu’était la joie en visitant ma mère en fin de vie. Ses yeux brillaient à chaque fois que j’arrivais chez elle. Je sentais son amour et elle sentait le mien et nous étions malgré tout dans la joie. Ma mère et moi, nous étions en communion spirituelle et nous goûtions un peu de ce qui s’était passé entre saint Augustin et sa mère devant le jardin d’Ostie. (Confessions livre IX) Plus on est aimé, plus on aime, plus la joie brûle.
Oui, l’amour engendre la joie.
Pâques célèbre l’amour de Dieu, un amour inimaginable. Son fils Jésus est venu habiter parmi nous, il nous a tout donné, il a subi une mort atroce, mais à notre étonnement il est ressuscité pour partager sa vie avec nous : « Le mystère qui était caché depuis toujours en Dieu. » (Éphésiens 3, 9)
Pâques nous donne bien des raisons d’être dans la joie.
Quand nous aimons Dieu la joie grandit dans nos cœurs. Plus nous entrons dans l’amour de Dieu plus nos cœurs brûlent. Je ne parle pas du sentiment qui est si éphémère, mais d’une joie qui monte d’un amour modelé sur Jésus, sur ce qu’il a fait pour nous, sur ce qu’il est.
La joie de Pâques est engendrée par l’amour.

Robert Mc Keon, diacre