C’est mon Curé, le Père Gérard pelletier, qui m’a dit ce matin : faites donc  votre testament… va pour le cafard ! J’obéis, bien qu’aujourd’hui ce soit un jour faste car j’ai rencontré deux couples amis qui m’ont réchauffé le cœur.

Père je veux en copiant le Pape Jean Paul II résumer ma vie autour de 2 mots : Merci et Pardon.

Merci d’abord à mes parents : mon papa que je n’ai pas connu, parce qu’il est mort 4 mois après ma naissance. Je suis persuadé que ces 5 années de captivité en Allemagne de 1914 à 1919 ont été pour lui qui était fiancé virtuel à ma maman, une grande période de souffrances, et sa mort avant ma naissance qu’il a vue venir, a été la fin d’un calvaire. A la fin de ma vie, je vois ce sacrifice comme un capital de grâce pour son fils.

Ma maman, seule à m’élever –menacée de cécité à 35 ans- m’a donné tout son cœur et son intelligence et sa foi : grâce à elle et aux prêtres du collège Montalembert j’ai grandi en buvant partout le lait de la foi vécue avec une charité humble mais constante.

C’est ainsi que ma vocation est née au service des jeunes au patronage de la paroisse dès l’âge de 11 ans et toutes les colonies de vacances où je fus jeune moniteur dès l’âge de 14 ans. Mais je veux aussi rendre grâce pour ma grand-mère maternelle, qui avait hérité de sa province d’Alsace, une foi et une charité merveilleuses : elle se souvenait encore à 80 ans de passages d’évangile appris en allemand au catéchisme et qu’elle pouvait encore réciter par cœur. Et pour couronner le tout, elle avait une dévotion constante à la Vierge Marie : la veille de sa mort nous avons encore récité le chapelet tous les 2 ensemble et en terminant elle me disait : demain je serai là-haut avec Notre Père.

Merci encore à tous les prêtres que j’ai rencontrés dans mon enfance et mon adolescence, c’est leur exemple qui m’a fortifié dans ma vocation sacerdotale née ingénument à l’âge de 8 ans ½, grâce à un prêtre qui me proposait dans la cour de récréation de jouer à la balle au chasseur avec lui et les autres élèves.

Merci à tous ceux que j’ai rencontrés au cours de ma vie de séminariste et de prêtre : tous les jeunes, les louveteaux, les scouts, les Pionniers des Lilas, entre 1941 et 1947 au temps où j’étais séminariste et tout jeune prêtre. Merci au cardinal Suhard qui est venu m’ordonner aux Lilas le 19 mars 1944, merci aux prêtres de cette paroisse…

Merci ensuite à tous les adultes jeunes et seniors laïcs et prêtres, en qui j’ai rencontré le Christ vivant, car toute ma vie la parole du Christ : « tout ce que tu fais au plus petit d’entre les miens c’est à moi que tu l’as fait », a été pour moi la joie de mon existence, rencontrer le Christ dans ses membres vivants ici-bas. Merci aux religieux trappistes qui m’ont accompagné si fraternellement, surtout les Pères … à Bricquebec et … à Soligny.

Mais je pourrais continuer longtemps les merci, il faut aussi demander pardon, d’abord aux prêtres qui ont travaillé avec moi dès que j’ai été en responsabilité… je ne les ai pas assez aimés comme des frères ; comme l’un d’entre eux me le disait : Tu es le grand « fait tout » !

Pardon aussi aux collaborateurs religieux ou laïcs, avec lesquels j’ai piqué des colères noires et méchantes parfois dans l’expression verbale.

Je compte sur la miséricorde de Dieu pour effacer des cœurs, la peine que j’ai pu faire à l’un ou à l’autre et je promets, quand je serai là-haut en pleine lumière d’intercéder pour eux.

Je veux terminer simplement en rendant grâce au Seigneur de m’avoir  permis de vivre 85 ans cette vie d’enfant de Dieu dans le service du prochain et le ministère sacerdotal. Puisse l’Eglise de paris se développer toujours plus avec de saints prêtres, des fidèles généreux et des évêques aussi rayonnants que furent ceux que j’ai connus de Monseigneur Suhard à Monseigneur Lustiger (puis Monseigneur Vingt-Trois) sans oublier Monseigneur Marty.

Fait à Paris le 20 avril 2005

Père Jaffray