La première lecture de ce dimanche se situe après le péché du veau d’or. Alors même que Dieu vient de libérer son peuple de l’esclavage en Égypte et de lui faire le don de la Loi, les israélites restés au pied du Sinaï commettent le péché le plus grave qui soit, celui de l’idolâtrie.

Moïse, pendant ce temps, est au sommet de la montagne sainte. Il n’a en rien participé à l’apostasie d’Israël. C’est pourquoi Dieu veut punir son peuple mais épargner Moïse. « Laisse-moi faire, ma colère va s’enflammer contre eux et je vais les exterminer ! Mais, de toi, je ferai une grande nation. » (Ex 32,10) Quelle tentation pour Moïse ! Profiter du péché d’Israël pour devenir celui dont sera issu le nouveau peuple de Dieu ! Prendre en quelque sorte la place d’Abraham et devenir le géniteur d’une nouvelle nation, plus sainte et plus juste que l’ancienne.

Mais Moïse ne tombe pas dans le panneau. Il comprend que Dieu le met à l’épreuve et réagit de manière sublime. « Hélas ! Ce peuple a commis un grand péché : ils se sont fait des dieux en or. Ah, si tu voulais enlever leur péché ! Ou alors, efface-moi de ton livre, celui que tu as écrit. » (Ex 32,31-32) Au lieu de s’écarter de manière hautaine des pécheurs, Moïse se solidarise de la manière la plus étroite avec eux. Il demande à Dieu d’être lui-même condamné avec les israélites, tout innocent qu’il est !

Quand le destin du juste et des injustes est à ce point commun, il se produit un admirable échange : le juste prend sur lui le péché des injustes et les injustes reçoivent l’innocence du juste. Voilà toute l’espérance que Moïse : « Oui, Israël est un peuple à la nuque raide, mais tu pardonneras nos fautes et nos péchés ! » (Ex 34,9) Israël figure ici toute l’humanité pécheresse, tandis que Moïse figure le Christ, le seul juste qui nous obtient le pardon. Moïse est magnifique !

Père Florent URFELS