Dans la Bible, les prophètes font presque toujours le récit de leur vocation. Jérémie ne déroge pas à la règle mais son récit est très étonnant car il remonte plus haut que sa naissance ! « Avant même de te façonner dans le sein de ta mère, je te connaissais ; avant que tu viennes au jour, je t’ai consacré ; je fais de toi un prophète pour les nations. » (Jr 1,5)

Ainsi la gratuité de l’appel prophétique est fortement mise en avant. Si Jérémie a été choisi par Dieu, ce n’est pas en raison de qualités spirituelles plus grandes que la moyenne puisqu’il n’avait encore rien fait. C’est de manière totalement imméritée, grâce au pur amour créateur de Dieu, que Jérémie a reçu sa vocation.

Par ailleurs, si la vocation de Jérémie remonte jusqu’au sein de sa mère, il est clair que son existence n’aura pas d’autre sens que de répondre à cette vocation. Pourtant Jérémie, le prophète le plus tourmenté et le plus persécuté de l’Ancien Testament, a connu la tentation de jeter l’éponge ! « Vraiment tu es pour moi comme un ruisseau trompeur, aux eaux décevantes », dit-il à Dieu à un moment de crise (Jr 15,18). « La Parole du Seigneur a été pour moi source de moquerie tout le jour. Je me disais : ‘je ne penserai plus à Lui, je ne parlerai plus en son Nom’ ; mais c’était en mon cœur comme un feu dévorant » (Jr 20,9). Mais renier Dieu, pour Jérémie, signifierait se renier soi-même. Alors, au milieu de multiples épreuves, il a été fidèle jusqu’au bout !

Jérémie est enfin la plus belle réponse à ceux qui hiérarchisent les êtres humains et prétendent que la vie d’un adulte a plus de prix que celle d’un embryon qui ne serait pas « pris dans un projet parental » ou « ne serait pas encore un être de relations ». Car chaque être humain, même dans le sein de sa mère, répond à un projet de Dieu et vit en relation avec Dieu. N’est-ce pas une merveilleuse nouvelle ?

Père Florent Urfels