Méthode de la prière de consentement ou Oraison du veilleur
(en anglais : Centering Prayer)
texte par Thomas Keating, ocso, modifié par le diacre Robert Mc Keonpour être conforme à l’enseignement que ce dernier donne à Paris.
« Tu veux au fond de moi la vérité ; dans le secret, tu m’apprends la sagesse. »(Psaume 50,8)
La Prière ContemplativeNous pourrions penser que la prière est composée de pensées ou de sentiments, exprimés en mots. Mais ce n’est qu’une de ses expressions. Dans la tradition chrétienne, la Prière Contemplative est considérée comme un pur don de Dieu. C’est l’ouverture de l’esprit et du cœur – de tout notre être – à Dieu, le Mystère Ultime, au-delà de toutes pensées, de tous mots ou de toutes émotions. A l’aide de sa grâce, nous nous ouvrons à Dieu, dont nous savons par la foi qu’il demeure en nous et qu’il est plus proche de nous que notre respiration, plus proche de nous que nos pensées, plus proche de nous que nos choix – plus proche de nous que notre propre conscience.

Prier dans le secret

La prière du consentement a pour but de faciliter le développement de la Prière Contemplative en nous, en préparant nos facultés à collaborer avec ce don. C’est une tentative pour présenter l’enseignement du passé de façon renouvelée. Elle n’a pas pour but de remplacer les autres formes de prière ; au contraire, elle met simplement en lumière les autres formes de prières sous un angle nouveau et plus complet. C’est en même temps une relation avec Dieu et une discipline pour approfondir cette relation. C’est un mouvement qui nous conduit de la conversation avec le Christ à la communion avec lui.

Fondement théologique

Comme toutes les méthodes conduisant à la Prière Contemplative Chrétienne, la Prière du consentement trouve sa source de la présence du Dieu trinitaire en nous : Père, Fils et Esprit Saint. Elle approfondit notre relation avec le Christ Ressuscité. Ses fruits contribuent à construire des communautés de foi et à lier entre eux les membres dans une amitié et une charité réciproques.

Ecouter la Parole de Dieu dans l’Écriture

Ecouter la Parole de Dieu dans l’Écriture (Lectio Divina ) est une méthode traditionnelle pour cultiver l’amitié avec le Seigneur. C’est une façon d’écouter les textes de l’Écriture, comme si nous étions en conversation avec le Christ et qu’il nous suggérait le sujet de nos

discussions avec lui. La rencontre avec le Christ et la réflexion sur sa Parole permettent de passer d’une simple familiarité à une attitude d’amitié, de confiance et d’amour. Puis cette conversation se simplifie et laisse place à la communion. « Reposer en Dieu » c’est par ces mots que Grégoire le Grand (VIème siècle) résume la tradition contemplative chrétienne. Telle a été la compréhension classique de la Prière Contemplative jusqu’à la fin du XVIème siècle.

L’enseignement de Jésus

La prière du consentement découle du sermon sur la Montagne :

« Pour toi, quand tu pries, retire-toi dans ta chambre, ferme sur toi la porte, et prie ton Père qui est là dans le secret ; et ton Père qui voit dans le secret, te le rendra. » (Mathieu 6,6).

Elle s’inspire aussi des écrits de celles et ceux qui ont contribué de façon décisive à l’héritage contemplatif chrétien, en particulier l’auteur inconnu du Nuage d’inconnaissance, Jean Cassien, François de Sales, Thérèse d’Avila, Jean de la Croix, Thérèse de Lisieux et Thomas Merton.

Conseils pratiques

A. Choisir un mot sacré comme symbole de notre intention à consentir à la présence et à l’action de Dieu en nous. (cf. Prier dans le secret, chap. 5)

1. Le mot sacré exprime notre intention d’être présent à Dieu, de consentir à son action en nous.

2. Le mot sacré est choisi pendant une brève période de prière en demandant à l’Esprit Saint de nous inspirer celui qui exprime notre façon spontanée de nous adresser à Dieu et qui nous convient le mieux.

  • a. Exemples : Dieu, Seigneur, Jésus, Père, Kyrie, Abba, Maranatha (Viens Seigneur).
  • b. Autres possibilités : Amour, Paix, Pitié, Silence, Calme, Foi, Confiance, Shalom, Amen.

3. Pour certains, un simple coup d’œil intérieur sur la présence Divine ou la prise de conscience de sa respiration pourrait mieux convenir qu’un mot sacré. Les instructions relatives au mot sacré s’appliquent de la même façon à ces symboles.

4. Le mot sacré n’est pas sacré pour son sens, mais pour le sens que nous lui donnons, à savoir comme l’expression de notre intention et de notre consentement.

5. Après avoir choisi le mot sacré, nous ne le changeons pas durant la période de prière, parce que cela nous obligerait à penser à nouveau. Une fois que nous avons découvert notre mot, il faut le garder précieusement comme « notre mot sacré. »

B. S’asseoir confortablement, les yeux clos, prendre quelques minutes pour nous apaiser, laisser pénétrer brièvement et silencieusement le mot sacré comme symbole de votre consentement à la présence et à l’action de Dieu en nous.

1. Etre « assis confortablement » signifie relativement confortablement ; la position ne doit pas être trop confortable pour ne pas nous inciter à nous endormir ; mais elle doit l’être assez de façon à éviter de penser à l’inconfort de notre corps durant le temps de prière.

2. Quelle que soit la position choisie, toujours garder le dos droit, mais sans tension.

3. Fermer délicatement les yeux pour nous détacher de ce qui se passe autour de nous et en nous.

4. Laisser pénétrer en douceur le mot sacré, comme si nous voulions déposer une bulle de savon sur une feuille.

5. Si nous nous endormons, nous continuons de prier quelques minutes après nous être réveillés, pour autant que nous en ayons le temps.

C. Quand nous prenons conscience qui nous nous attachons à nos pensées, revenir tout en douceur au mot sacré.

1. « Pensées » est un terme générique pour désigner toute forme de perceptions c’est-à-dire : les perceptions sensorielles, les sentiments, les images, les souvenirs, les réflexions, les concepts, les commentaires et les expériences spirituelles.

2. Les pensées sont inévitables et font parties intégrantes de la prière de consentement.

3. Revenir « tout en douceur au mot sacré », signifie le faire avec le moins d’effort possible. C’est la seule activité que nous ayons durant une période de prière de consentement.

D. A la fin de la période de prière, rester en silenceavec les yeux fermés encore quelques minutes.

1. Ces 2 minutes supplémentaires nous permettent d’emporter cette atmosphère de silence dans notre vie quotidienne.

2. Si la prière est faite en groupe, nous récitons ensemble tout doucement une prière, comme le Notre Père pour clore notre temps de la prière de consentement.

Quelques suggestions

1. La durée minimum de cette prière est de 20 minutes. Une période de 20 minutes par jour est essentielle, soit le matin en se levant soit en fin d’après-midi soit en début de soirée. Avec de la pratique, la durée peut augmenter à 30 minutes ou plus. La fidélité quotidienne est essentielle.

2. La fin de la période de prière peut être indiquée par une minuterie, pour autant qu’elle ne fasse pas de bruit en fonctionnant et que la sonnerie soit discrète.

3. Symptômes physiques que nous pouvons ressentir durant le temps de prière :

  • a. De petites douleurs, des picotements ou des démangeaisons dans différentes parties de notre corps, ou un inconfort généralisé. Cela est généralement dû à l’évacuation de difficultés émotionnelles dans le corps par l’inconscient.
  • b. Des lourdeurs ou de la légèreté dans les extrémités. Cela est généralement dû à un profond degré d’attention spirituelle.
  • c. Dans les deux cas, ne pas y prêter attention et revenir tout en douceur au mot sacré.

4. Les effets principaux de la prière de consentement ne se produisent pas durant la période de prière, mais dans la vie quotidienne.

5. La prière de consentement nous familiarise avec la langue de Dieu, qui est le silence.

Points pour aller plus loin

1. Pendant la période de prière, différents types de pensées peuvent être distingués.

  • a. Les activités ordinaires de l’imagination ou de la mémoire.
  • b. Des pensées provoquant du désir ou du rejet.
  • c. Une prise de conscience.
  • d. Des réflexions telles que « Qu’est-ce que je fais ? » ou « Que cette paix est belle ! »
  • e. Des pensées produites par l’activité de l’inconscient.

Quand vous réalisez que vous vous attachez à un de ces types de pensées, revenez tout en douceur au mot sacré.

2. Pendant la période de prière, éviter d’analyser votre expérience, d’avoir certaines attentes ou de rechercher certains buts comme :

  • a. Répéter le mot sacré comme si on frappait une écume pendant toute la durée de la prière.
  • b. Ne pas avoir de pensées.
  • c. Se vider l’esprit.
  • d. Se sentir en paix ou consolé.
  • e. Réaliser une expérience spirituelle.

Moyens d’approfondir votre relation avec Dieu

1. Pratiquer une ou deux périodes de 20 à 30 minutes de prière de consentement par jour.

2. Passer du temps, tous les jours, à écouter la parole de Dieu dans l’Écriture (lectio divina).

3. Choisir une prière pour tous les moments de la journée.

4. Pratiquer la garde du cœur en se recueillant pour quelques instants.

5. Participer à la réunion hebdomadaire d’un groupe de recueillement silencieux.

  • a. Cela encourage les membres du groupe à persévérer chez eux.
  • b. C’est l’occasion d’approfondir régulièrement à l’aide de textes et de discussions.
  • c. Cela offre une possibilité de s’encourager et de partager son cheminement spirituel.

Ce que la prière de consentement est et ce qu’elle n’est pas

1. Ce n’est pas une technique, mais une discipline pour cultiver l’amitié de Dieu.

2. Ce n’est pas un exercice de relaxation, mais elle peut apporter de la détente.

3. Ce n’est pas une forme d’auto-hypnose, mais une façon mettre au repos l’esprit tout en maintenant son attention.

4. Ce n’est pas un don charismatique, mais un chemin de transformation.

5. Ce n’est pas un exercice parapsychologique, mais un exercice de foi, d’espérance et de charité.

6. Elle ne se limite pas au « ressenti » de la présence de Dieu, mais elle est un approfondissement de la foi en la présence de Dieu en nous.

7. Ce n’est pas une méditation discursive ou une prière affective, mais simplement un repos en Dieu.

Vous pouvez lire avec fruit : Thomas Keating, Prier dans le secret : La dimension contemplative de l’Evangile (La Table Ronde, Paris, 2000). (Ver. McKeon du 11/11/04 Centering prayer-my expl-11-11-04.doc et Pier dans le silence.doc et prier dans le silence-web.doc)