Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde

Vous, c’est-à-dire nous tous, les baptisés, individuellement et communautairement, en Eglise.

Jésus dit : « Vous êtes » et non pas « vous devez être » ce qui signifie qu’être sel et lumière, c’est d’abord un don, gratuit et immérité. Un don et un appel. Pas un appel à devenir sel et lumière par nos propres forces mais à devenir peu à peu ce que nous sommes par grâce !

D’ailleurs l’histoire de l’Eglise montre bien que si elle a été sel et lumière, -et elle l’a été, et elle l’est encore, envers et contre tout-, c’est bien par grâce et jamais quand elle compte sur ses propres forces. On voit le très clairement ces jours-ci encore alors que la lumière commence à se faire dans certains des sous-sols les plus nauséabonds, pourris faute d’être salés du bon sel de l’Evangile de quelques-uns des groupes les plus en vue du catholicisme des dernières décennies ! La lumière et le sel de l’Evangile ne sont décidément pas ceux, clinquants, mondains, du succès, de l’efficacité, du prestige mais la douce lumière du don de soi, la pointe de sel de l’attention aux autres qui donnent relief et goût à la vie. Une Lumière qui n’est que le reflet de celle qui émane du visage de celui qui a dit : Je suis la lumière du monde (Hb 8, 12), un sel qui tire sa force de l’accueil d’une Parole plus incisive qu’un glaive à deux tranchants (Hb 4, 12).

Baptisés, nous sommes de fait sel de la terre et lumière du monde. Alors devenons, résolument, ce que nous sommes par pure grâce sans aucun….ou tellement peu, de mérite de notre part.

Père Gilles Drouin

Ecole française

Nous avons fêté ces jours-ci le quatrième centenaire de Saint François de Sales, l’une des sources de l’école française de spiritualité très présente dans notre Église entre autres grâce à la très jolie chapelle du Sacré-Cœur (il est rare que l’esthétique du Sacré-Cœur soit à la hauteur de sa théologie). Quels sont les axes de cette école française qui marque encore tant la France ? 

D’abord, bien sûr, contempler concrètement l’humanité de Jésus. La détailler dans ses actes : Jésus a été allaité par sa mère, il a été baptisé, il agonisé à Gethsémani, par-dessus tout il est mort et il est ressuscité. Partant de là, découvrir que toute grâce découle de cette humanité, et spécialement de ce cœur « qui a tant aimé les hommes ». Cette grâce, c’est d’abord celle de la miséricorde. Saint François insistait souvent pour qu’on attire les âmes par la douceur de Jésus bien plus que par la rigueur. Jésus n’est mort que pour des pécheurs, parce qu’il n’a trouvé que cela. Même sa Mère, nous le disons chaque 8 décembre, n’est l’Immaculée Conception que parce que son Fils est mort pour elle. Mais de ces pécheurs, il veut faire des saints : « soyez parfaits comme votre Père est parfait ». Comme il l’a promis à sainte Marguerite-Marie (religieuse de la Visitation fondée par saint François de Sales), il veut que son cœur devienne notre cœur pour que nous vivions comme lui. Pour cela, il faut le rencontrer dans l’oraison et particulièrement dans les sacrements où il se donne en personne. 

L’école française de spiritualité a pesé très lourd dans l’habitude célébrer la messe et de communier tous les jours. Elle fut pour cette raison haïe par le jansénisme qui voulait une communion très rare et qui a condamné le culte du Sacré-Cœur au concile de Pistoie. Elle a aussi généralisé la confession mensuelle. Saint François fut aussi le premier auteur d’importance convaincu qu’il faut initier tous les baptisés à l’oraison et l’école française a repris cette ambition. La rencontre affectueuse de Jésus n’est pas réservée aux religieuses. Nous sommes tous invités à vivre ce cœur à cœur gratuit. Car c’est peut-être finalement la pointe de Saint François de Sales et de l’école française : Jésus nous aime gratuitement, nous n’avons rien fait pour mériter d’être aimés puisque Jésus nous aimait avant de nous créer.

Père Matthieu Villemot, vicaire

Pour que soit accomplie la Parole

Dimanche de la Parole de Dieu

Depuis 2019, ce 3ème dimanche du temps ordinaire, au cœur de la semaine de prière pour l’unité des chrétiens, est aussi consacré à la Parole de Dieu. Quelle place prend-elle dans notre vie ? Comment sommes-nous attentifs à la manière dont Dieu nous parle à nous aujourd’hui, ici et maintenant ? Par l’Ecriture sainte, l’Ancien et le Nouveau Testament ? Par des évènements, des rencontres, des circonstances, des personnes ? Dans le secret des cœurs et des consciences qui s’en trouvent éclairées pour nous permettre de discerner et de décider dans la paix ?

Oui la Parole de Dieu s’accomplit, nous en sommes témoins tous les jours à Saint- Louis ! La Parole de Dieu s’accomplit quand les enfants et les adultes se retrouvent pour lire la Bible, au catéchisme ou à Dei Verbum, se rassemblent pour prier et se porter les uns les autres dans une équipe fraternelle (Syméon, prière des mères, FRAT Saint Louis, hommes adorateurs, femmes adoratrices, jeunes foyers…). La Parole de Dieu s’accomplit quand des paroissiens s’engagent pour Hiver solidaire, pour le café des bains-douches, pour veiller les uns sur les autres. La Parole de Dieu s’accomplit quand des catéchumènes demandent le baptême, quand des fiancés s’engagent dans le mariage, quand des personnes souffrantes demandent une visite, la communion, ou le sacrement des malades, quand des séminaristes, des religieux et religieuses répondent à l’appel du Christ : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes ». Leur témoignage nous redit que cet appel est adressé à chacun de nous afin que la Parole de Dieu s’accomplisse en nous et à travers nous.

« Venez à ma suite » : c’est le temps des pèlerinages, pour devenir disciples et frères, marcher à la suite du Christ et des saints. Nous le ferons de Lourdes à Royaumont au printemps, de Carthage à Ephèse l’an prochain.

« Je vous ferai pêcheurs d’hommes » : c’est le temps de la mission, pour aller à la pêche avec le Christ, témoigner de la joie de sortir des eaux de la mort et d’entrer dans la vie véritable. Nous le ferons dans la semaine des curieux pour entraîner notre quartier, nos voisins, nos amis, ne serait-ce que par curiosité, dans cette belle aventure.


Pour que soit accomplie la Parole.

Père Jean-Baptiste Arnaud, curé

« Adam, où es-tu ? » (Genèse 3,9)

Homme, où es-tu ? : pourquoi cet appel ? Suis-je prêt à y répondre ? Ecoutons Maître Eckhart!

« Jamais homme ne désira quoi que ce soit autant que Dieu désire amener l’homme à le connaitre. Dieu est prêt en tout temps, mais nous sommes si peu prêts. Dieu nous est proche, mais nous sommes très loin. Dieu est à l’intérieur, mais nous sommes dehors. Dieu nous est intime, mais nous sommes étrangers. »
(Sermon allemand n° 68/3, cité par Valléjo Maître Eckhart, fin XIII-début XIV, p 27)


Nous avons beaucoup de mal à poser notre esprit devant Dieu pour l’écouter. « Arrêtez ce coureur en moi ! » disait sainte Jeanne de Chantal. Peut-être comme Adam avons-nous honte de nous retrouver face à face avec Dieu, nous avons conscience de notre petitesse, de notre rien de tout devant Lui.

Et si nous disions oui?

« Jésus dit : Si quelqu’un veut marcher à ma suite, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » (Marc 8, 34)

C’est exigeant, disait Maître Eckhart : « Celui qui quitte son propre vouloir et lui-même a quitté toutes choses aussi vraiment que s’il les avait eues en franche propriété et qu’il les eût à sa libre disposition. […] Veille sur toi même et là où tu te trouves, quitte-toi: c’est là le mieux de tout. »
(cité par Valléjo Maître Eckhart p 44-45)

Jean de la Croix affirmait que : « Pour arriver à être tout, veillez à n’être rien, en rien.»
(la Montée du Carmel Ch 13)

En abordant avec un esprit débarrassé de nos présuppositions sur Dieu et sur la vie, abandonnons notre volonté comme le Christ nous en a donné l’exemple:

« Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté. » (Hébreux 10,9).

Savourons les paroles de l’Évangile pour dire à Dieu : « Parle Seigneur, ton serviteur écoute. » (Samuel 3,9)

Enfin endossons le joug de Jésus : « Prenez sur vous mon joug, devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour votre âme. » (Mt 11, 29)

Robert Mc Keon, diacre

Regarde l’étoile

« Seigneur je t’aime ». Tels sont les derniers mots lumineux prononcés par le pape émérite Benoît XVI dans la nuit, avant de mourir, comme une récapitulation de toute sa vie d’homme et de chrétien, de prêtre et d’évêque, de pasteur et de théologien. La profondeur de sa contemplation et de son intelligence du Mystère de Dieu l’ont conduit à cette confession de foi et d’amour si simple et si puissante. En vous présentant tous mes vœux pour cette année 2023 je nous souhaite à tous de pouvoir dire paisiblement en toute confiance ces mots, maintenant et à l’heure de notre mort : « Seigneur je t’aime ».

En rendant grâce pour la vie et l’œuvre de Joseph Ratzinger me reviennent aussi ces paroles entendues au Collège des Bernardins qu’il est venu inaugurer le 12 septembre 2008 : « La Parole de Dieu nous rend attentifs les uns aux autres ». Quel beau programme pour cette nouvelle année qui s’ouvre ! Par la prière et par la formation, nous voulons nous mettre davantage à l’écoute de la Parole vivante de Dieu et devenir toujours plus serviteurs de nos frères et sœurs dans la charité et la mission pour annoncer l’Evangile. Le lancement d’Hiver solidaire depuis quelques jours nous en donne une belle occasion. La semaine des curieux, du 25 mars au 10 avril, oriente déjà nos cœurs par la prière et l’engagement. Le pèlerinage à Lourdes du 30 avril au 3 mai, ainsi que la sortie paroissiale à Royaumont sur les pas de saint Louis le samedi 3 juin constituent aussi des étoiles qui guident nos pas en ce début d’année.

« Les savants de l’Orient sont un commencement, ils représentent la mise en route de l’humanité vers le Christ, ils inaugurent une procession qui parcourt l’histoire tout entière. Ils ne représentent pas seulement les personnes qui ont trouvé le chemin jusqu’au Christ. Ils représentent l’attente intérieure de l’esprit humain (…). On peut parler si l’on veut d’une espèce de tournant anthropologique : l’homme adopté par Dieu – comme on le voit ici dans le Fils unique – est plus grand que toutes les puissances du monde matériel et plus encore que l’univers tout entier » (Joseph Ratzinger Benoît XVI, L’enfance de Jésus, p. 136-137 et 144).

Belle et sainte année à tous !

Père Jean-Baptiste Arnaud, curé

Ce temps de Noël est celui où l’enfant Jésus, comme tout enfant, grandit dans la crèche. C’est un immense signe d’espoir. L’espoir que cet enfant en grandissant nous donnera tout ce qu’il est venu donner et arrivera à sa propre Gloire. C’est pour nous aujourd’hui un appel à nous convertir à l’espérance. D’abord l’appel à voir en tout enfant conçu un signe d’espérance, le signe que sa vie sera un don pour lui, pour ses parents, pour le monde. Récemment, quelqu’un me disait que puisque l’Église combat fermement l’avortement, elle choisit l’enfant contre la mère. C’est absurde. L’embryon, le nourrisson, ne peut pas survivre sans sa mère. Défendre la vie, c’est exiger que partout la femme enceinte soit accueillie comme une grâce, que toute famille trouve une Égypte où se protéger des tueurs d’Hérode. Cela doit commencer dans nos familles. Se convertir à l’espoir c’est aussi adopter l’espoir collectif. Notre monde trouvera des solutions contre la guerre, la pollution, les pandémies, que sais-je. 

Croire en Dieu c’est croire en l’homme puisque Dieu s’est fait homme. Enfin, retrouver l’espoir, c’est aussi retrouver l’espoir en soi. Nos échecs, nos blessures, nos péchés, peuvent nous faire perdre espoir en nous-mêmes. Incapables de tenir la barre que notre monde place si haut, nous nous regardons comme des déchets. Mais c’est en moi aussi, en moi tel que je suis, que Jésus vient grandir. Et il me mobilise dans son plan de salut, pour moi, pour ceux que j’aime, pour le monde. 

Tous mes vœux ! 

père Matthieu Villemot, vicaire

Noël vous prend par surprise

La fête vous arrive avant même que vous ayez pu l’apercevoir. Les vacances à peine finies, les enfants à peine entrés en classe, vous franchissez le pont de la Toussaint pour vous précipiter sur celui du 11 novembre. Le temps de vous en remettre, voilà déjà décembre. Trop tard pour vous organiser sérieusement en vue des réveillons à venir. Et pour peu que vous n’ayez pas pu faire à temps vos achats de cadeaux, vous voilà dans la presse du 24 décembre qui, hélas, tombe immanquablement la veille du 25. Et pourtant les commerçants vous avaient prévenus : c’est Noël ! Décidément, Noël vous prend par surprise.

Et puis, il y a de l’étrange dans cette fête de Noël. Sapins et neige synthétique, Père Noël, traîneaux et cadeaux, Mon beau sapin, Ô douce nuit, foire aux santons, réveillon, foie gras et champagne, fête et solitude… Que se cache-t-il derrière tout cela ? Pourquoi tout ce bruit ? Un enfant est né dans une crèche. Mais qu’est-ce qu’une crèche ? Et pourquoi cet enfant-là plutôt que d’autres ? Marie, Joseph, une fable ? Noël, messe de minuit, les églises, le vide ou la foule. Noël : chant de paix. Suffit-il donc d’oublier que toujours, quelque part sur notre terre sévit la guerre. Noël : cri de bonheur et d’innocence. Suffit-il donc d’oublier le malheur et la veulerie ? Noël : geste de bonté. Suffit-il donc d’oublier la cruauté et la douleur ? Noël : des « contes de Noël ». Noël ne serait-il que le conte d’une nuit ? Il doit y avoir un secret, un secret bien caché, que ne parviennent pas à enfouir entièrement les paillettes, les clinquants et les attendrissements de rigueur.

Noël est un cri de victoire de la vie qui nous provoque à vivre. Nous découvrons la Vie sur le visage du Fils de Dieu fait homme. Si Noël nous demande d’ouvrir nos yeux d’un regard pur, ce n’est pas pour fixer un enfant imaginaire, figure peut-être de tous les enfants du monde, et pour le trouver si beau qu’on le divinise ! Mais pour reconnaître ce que Dieu fait apparaître de lui-même en cet Enfant, par cet Enfant dont l’avenir n’est pas lisible sur ses traits à peine formés. C’est Dieu qui prend le visage de l’Enfant. C’est Dieu qui, en cet Enfant, révèle le mystère de l’amour du Fils éternel. Ce Fils nous est donné pour que le visage de Dieu, reconnaissable dans le visage d’un Enfant, illumine aussi notre propre visage. Pour que cet amour promis depuis tant de siècles, cet amour de Dieu le Père pour son Fils bien-aimé, vous compreniez qu’il vous est destiné à vous aussi puisque vous êtes appelé, vous aussi, à vivre du même amour et à devenir, à votre tour, fils dans le Fils unique.

Le silence de la nuit de Noël est un silence favorable. C’est le silence humble et secret de l’Eglise, un silence qui n’a pas grand-chose à voir avec le tumulte qui traverse nos rues et le bruit qui emplit nos fêtes. Ce silence est celui de ces hommes pauvres, de ceux qui ont cru et reçu cet Enfant, le silence de Marie, de Joseph, des bergers convoqués, de ceux qui se trouvent là. Ce silence est celui de l’Enfant lui-même. Il nous est permis de nous taire et d’espérer que, dans le silence de l’homme et le silence de Dieu, le pardon jaillit. La paix, c’est cela. C’est une bénédiction de Dieu qui vient jusqu’à nous, qui déborde l’homme de toutes parts. Nous pouvons alors, vraiment, humblement, rendre grâce pour la Parole faite chair, encore muette.

Oui, Dieu que nous ne voyons pas, Dieu qui semble absent de ce monde, nous aime et nous sauve. Il nous sauve en nous enfantant à la vie des enfants de Dieu, avec son Fils unique, né de la Vierge Marie. Le signe de notre salut, c’est cet Enfant qui est notre Sauveur.

Jean-Marie Lustiger (1926-2007)

Emmanuel – Dieu avec Nous

Nous constatons que Dieu est avec nous car l’Église continue son œuvre d’annoncer notre salut en Jésus et de baptiser au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit. Au moment du baptême, Dieu entre dans le cœur des fidèles et y demeure. Il souhaite être reçu par nous comme un invité privilégié et non comme un simple passant. Jésus lui-même le dit : « Voici que je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi.» (Apo 3, 20) Oui, nous sommes l’hôte qui reçoit Jésus. Il cherche notre compagnie comme Dieu avait cherché la compagnie d’Adam dans le jardin de la Genèse. Dieu nous aime sans mesure. Chacun de nous est son bien aimé. Il veut être avec nous. Notre hôte divin vient en nous comme un petit enfant qui attend de grandir en nous grâce à notre accueil et nos vies.

Mais il y a beaucoup plus : Dieu nous reçoit en lui-même. Miracle des miracles nous sommes aussi l’hôte qu’Il reçoit. Il y a ici un magnifique jeu d’échange entre celui qui reçoit et celui qui est reçu. Nous naissons en Dieu et Lui-même nait en nous. 

Dieu nous donne sa vie. Avec ce don, notre salut commence sur terre. La mort n’est pas la fin mais une étape de notre vie en Dieu, la vie éternelle. Vivre sur terre comme l’hôte qui reçoit Dieu et qui est reçu par Dieu exige notre croissance comme enfant de Dieu qui fait la volonté de Dieu comme Jésus l’a fait.

Qu’êtes-vous allé voir ?

Que nous venions à la messe de temps en temps, régulièrement, très occasionnellement ou presque jamais, ce dimanche nous venons peut-être en répondant à l’invitation d’un proche, ne serait-ce que par curiosité ou par amitié. Quelles que soient nos motivations et nos raisons d’entrer dans l’église, la question nous est posée : « Qu’êtes-vous allé voir ? ». Dans l’évangile Jésus nous interroge à trois reprises… et il suggère quelques réponses possibles pour relancer et approfondir la question. Que sommes-nous venus voir ? « Un roseau agité par le vent ? ». Sommes-nous attirés par un influenceur à la mode, par les rumeurs et les tendances du moment, dont nous savons la fragilité et le caractère éphémère ? Que sommes-nous venus voir ? « Un homme habillé de façon raffinée dans les palais des rois ? » Le trésor des pierres et les décors artistiques de l’église comme la beauté des chants et de la liturgie, tout cela ne nous laisse pas indifférent, mais peut rester superficiel ou ambigu. « Un prophète ? Oui je vous le dis, et bien plus qu’un prophète ». En vérité nous sommes conduits à l’église, à la foi, à l’évangile, à Dieu lui-même par la voix d’un prophète. Jésus parle de Jean-Baptiste, le précurseur, celui qui écoute et qui porte la parole de Dieu au plus intime de sa conscience et sur les toits et les parvis !

Chrétiens, nous sommes tous prophètes, et plus que prophètes, puisque par le baptême nous sommes prêtres, prophètes et rois, pour sanctifier, parler et servir nos frères et sœurs avec patience et avec amour. Nous reconnaissons que nous avons tous soif de la vie véritable, que nous sommes tous appelés à témoigner : « Ne craignez pas, voici votre Dieu, il vient lui-même et va vous sauver ». Prophètes, nous savons aussi que nous ne sommes pas la source de notre assurance. « Es-tu celui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? » demande Jean-Baptiste. Où sont les signes de Dieu ? Ses promesses vont-elles enfin s’accomplir ? La foi n’exclut pas l’obscurité ou les questions, au contraire elle les assume et les provoque. Dieu est infiniment patient envers nous et il nous rend patients les uns envers les autres, pour que nous puissions croire dans la nuit, et nous encourager, nous fortifier, nous affermir lorsque nous doutons, lorsque nous avons peur, lorsque nous perdons courage et espoir. Notre vocation prophétique consiste d’abord à nous laisser enfanter, à naître avec le Christ dans la nuit de Noël comme dans celle de Pâques, à devenir frères et sœurs du Christ et les uns des autres, pour vivre et témoigner de cette fraternité dans le monde.

père Jean-Baptiste Arnaud, curé

Conversion

« Conversion » : encore un terme de la « tribu » catho ; comme tant d’autres, tels que « cheminer », « se réjouir », « action de grâce », « rendre gloire », etc… Si nous voulons inviter un curieux à la messe dimanche prochain il nous faut adapter quelque peu notre vocabulaire, faire cet effort de traduire la foi chrétienne dans des mots qui parlent à la tête et au cœur, qui résonnent dans la vie des personnes aujourd’hui. 

« Conversion » : au mieux nous pensons à quelqu’un qui a changé de religion, qui est devenu chrétien ou qui a abandonné le christianisme. Peut-être que certains peuvent dire qu’ils ont vécu une conversion, un jour, en un lieu, ou au fil d’un itinéraire, en recevant le baptême ou en étant touchés par l’amour de Dieu ou par un témoignage de foi qui les a décidés à enfin vivre de leur baptême reçu et enfoui depuis longtemps.

« En ces jours-là paraît Jean le Baptiste. Ainsi commence l’Evangile de ce dimanche, au présent, ici et maintenant, Jean-Bapriste exhorte à se convertir, parce que le Seigneur vient, aujourd’hui, en ce temps. Il vient et nous l’invoquons de tout cœur d’une prière très simple en cet Avent : « Viens Seigneur Jésus ! ». Il vient et il prend soin de nous, il veille sur nous, et fait de nous des veilleurs, témoins de la lumière qui se lève, veilleurs et gardiens les uns des autres. Il vient le Seigneur, et il se convertit, il devient ce qu’il n’était pas, Dieu se fait homme. Il se retourne, il revient à nous, pour nous ramener à lui, il nous convertit.

« Qu’il me soit fait selon ta parole » : avec Marie, l’Immaculée, notre mère et notre sœur, que nous fêterons le 8 décembre, laissons Jean-Baptiste nous interpeller, nous déranger, nous sortir d’un certain confort et d’une tendance à nous autojustifier et à nous autocentrer. Laissons-nous transformer intérieurement par le feu de l’Esprit Saint. Qu’Il purifie, réchauffe, embrase nos cœurs et nous rend semblables à Jésus, nous adapte à lui, nous donne d’agir comme lui, de porter un fruit digne de la conversion, de changer quelque chose extérieurement dans notre manière de vivre. Laissons-nous convertir, retourner, pour goûter cette paix annoncée par le prophète Isaïe – « le loup habitera avec l’agneau » – pour pratiquer cet accueil demandé par saint Paul –

« accueillez-vous donc les uns les autres comme le Christ vous a accueillis ». Paix et accueil de la grâce du pardon dans notre propre cœur (en allant nous confesser par exemple !), paix et accueil dans nos familles, notre paroisse, notre quartier. La mission de Noël, la messe des curieux et le dîner de l’Avent nous en offrent de belles occasions !